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13|05|09, par Admin L’as
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DAKAR ENVAHIE PAR LES ORDURES
La bonne affaire pour charretiers et « boujoumen »

Des tas d’immondices dans toutes les ruelles de Dakar, même le très résidentiel quartier Point E, a cruellement ressenti le mot d’ordre de grève lancé par le Front Unitaire des Syndicalistes du Nettoiement depuis vendredi à 00 heure. Malgré les engagements pris par le ministre de l’Environnement Djibo Leyti Kâ sur les salaires, les arriérés de congé et les statuts, les éboueurs maintiennent le mot d’ordre au grand bonheur des charretiers, « boujoumen » et vendeurs de masques.

Des vers au marché Grand Yoff

Sur une trentaine de mètres le long d’une allée au marché de Grand Yoff, s’étalent des tas d’immondices. L’odeur nauséabonde embaume l’atmosphère. A moins d’un mètre de la masse impressionnante d’ordures, El Hadji Kâ, vendeur de chaussures, porte un masque autour de la bouche et du nez. On dirait un Mexicain qui « évite » de piquer le virus A/H1N1. Ses voisins, le tenancier de table de détergents, le fruitier et le commerçant d’habits pour enfants en font pareil. Le marchand de tissus pour sa part a préféré se mettre des mouchoirs à jeter dans le nez. Désignant du menton des étals vides, I. Diallo crache sur le sol et fulmine : « Cela fait cinq jours que nous vivons ce calvaire. C’est insupportable. Certains ont déserté leur commerce pour ne pas tomber malades pour rien, parce qu’avec ces saletés, les clients évitent de passer ici, ou, s’ils n’ont pas le choix, se hâtent. Ce qui fait que nous ne vendons pas ».

Son mari se détourne d’elle…

Le pouce et l’index pinçant le nez, un passant approuve : « dou yon (ce n’est pas normal) ». Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, un « boujouman », indifférent aux vers qu’il écrase, un sac d’une main, fouille dans la montagne de détritus à la recherche de bouteilles. Le bras levé en signe de protestation, il refuse de parler. Une jeune femme, le visage plein de boutons s’approche pour savoir s’il n’est pas venu déverser des ordures. Il lui répond par la négative, Marième qui rentre chaque jour à Thiaroye avec zéro franc de recette, retourne s’asseoir sur une table. Elle refuse de se prononcer, le propriétaire du restaurant, Mamadou Cissé enfile pour elle la toge d’avocat : « son mari ne s’approche plus d’elle parce qu’elle a des boutons à cause des déchets. C’est la grande dèche et elle m’a supplié de lui offrir le déjeuner aujourd’hui ». Installé dans le marché depuis 1989, il n’a jamais vu autant d’ordures. « Ça pue, ce qui nous sauve un peu, c’est le vent. Toute ma clientèle a fui, nous n’en pouvons plus ». Sur un ton presque narquois, un employé de Veolia, qui rentre de leur conférence de presse, lui rétorque : « Seulement cinq jours et vous êtes à bout. Nous, cela fait 10 ans que nous cohabitons avec ces odeurs malodorantes et l’on se permet de refuser de nous payer. Vous voyez ce que cela fait ? ». Avant même que le spectacle désolant ne s’offre aux yeux, la puanteur aux alentours du terrain vague sis derrière la direction de la Sicap, renseigne suffisamment sur la présence d’un énorme tas de déchets. Debout à l’arrêt de bus, un élève colle un mouchoir à jeter sur son nez. Il ne se passe pas cinq minutes sans qu’un charretier ne déverse son chargement d’ordures ménagères. Les « boujoumen » aussi ont pris d’assaut le terrain. Ils sont gênés par les regards des passants et se refusent à tout commentaire, à l’exception de Cheikh Diop : « nous sommes en train de ramasser les bouteilles et pots de Nescafé vides. Nous avons déjà des clients qui les achètent à 50 ou 100 francs l’unité pour y mettre de l’huile ou de la graisse ». Rien ne se perd tout se transforme…

Niet à Djibo Kâ

Cigarette à la bouche, lunettes de soleil, M.N n’a pas le profil d’un charretier d’ordures, tellement sa mise est correcte. Il est né et a grandi à Niarry Tally, la première fois que ses parents et voisins l’ont vu monter dans sa charrette pour collecter des ordures, ils ont conclu qu’un plomb venait de sauter de sa cervelle. « Aujourd’hui, ils me tendent la main et je les dépanne. Des occasions comme ça, je me fais au moins 1500 francs par jour. Même quand il n’y a pas de grève, les populations ont besoin de nous. Les camions ne peuvent pas entrer dans certains quartiers reculés de la banlieue, il ne faut pas se voiler la face. On devrait plutôt nous autoriser à déverser les ordures quelque part, quitte à payer ». Envahi par les mouches, le menuisier métallique qui a la malchance d’être près des immondices affirme que ce ne sont pas seulement les charretiers qui déposent les ordures : « si ce ne sont pas des employées de maison qui viennent, ce sont des personnes à bord de leurs véhicules qui balancent leurs sacs ici. Nous avons arrêté de protester ». Le Front unitaire des syndicats du nettoiement, qui a engagé un bras de fer avec les autorités en croisant les bras depuis vendredi à 00 heure, est loin de jeter l’éponge. « A l’exception de quelques brebis galeuses de Veolia, qui ont reçu des menaces, le mot d’ordre a été suivi à 95%. Sur toute l’étendue de Dakar, il n’y a pas eu de collecte ni de nettoiement », assure Madany Sy, coordonnateur du Front. Les travailleurs réclament leurs salaires d’avril et des arriérés de congé de 294.000 francs Cfa, cumulés suite à la liquidation d’Ama Sénégal en 2006. La rencontre avec le ministre de l’environnement, de la protection de la nature et des Bassins de rétention, Djibo Leyti Kâ, n’a rien donné. Informée sur les engagements pris par ce dernier sur les salaires, les congés et les statuts, la base a refusé de lever le mot d’ordre. Sur les deux premiers points, D.Lkâ a promis que ce sera un mauvais souvenir vendredi au plus tard. Pour les statuts, il demande aux syndicalistes de patienter, le temps que les conclusions soient déposées en fin mai. Tout ou rien, ont rétorqué les syndicalistes qui lancent un appel au chef de l’Etat et au Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye.

Hadja Diaw NDIAYE


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