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SENEGALAIS OTAGES DE LA « GREEN CARD » AUX ETATS UNIS :
Faux espoir, doute et optimisme beat pour sauver la face
Le Parlement américain a enfin adopté le plan de réforme du système sanitaire si cher au chef de l’Exécutif. Barack Obama peut désormais espérer obtenir des deux chambres (Sénat et Congrès) la réforme des services de l’Immigration offrant ainsi la « Green card » ou carte verte aux millions d’illégaux, pris en otages au pays de l’oncle Sam, depuis plusieurs décennies. Ce qui pourrait intervenir au cours de l’année 2010, mais déjà, les discussions se tiennent dans les chaumières du Congrès et du Sénat. Un tour dans la communauté sénégalaise permet de constater que le doute et le pessimisme sont les sentiments les mieux partagés. Avec la défaite du Parti démocrate dans l’Etat du Massachussetts et le rééquilibrage du pouvoir central à Washington, l’espérance de voir une régularisation massive des immigrés s’est envolée. Modou-Modou et Fatou-Fatou s’accrochent au destin et au faux espoir pour sauver une face complètement ridée. Dimanche 10 janvier 2010, 18 h. Le vent glacial, qui souffle sur les Etats Unis depuis quelques jours, a frappé de plein fouet New York, la capitale économique. Harlem ! La capitale spirituelle et politique des Noirs porte encore les stigmates de la forte ondée de neige tombée la veille. Comme tous les dimanches, ce n’est pas le rush, ce soir, au siège de l’Association des Sénégalais d’Amérique. Quelques jeunes tapotent leur clavier, des dames assises sur des chaises, dans un coin, entourent un jeune cadre sénégalais. Teint noir, silhouette longiligne, dreadlocks bien noués, Ismaïla Fall, directeur du Service des Nouvelles technologies à Columbia university, fait une collecte de fonds pour une compatriote qui, lasse d’attendre la régularisation, a décidé de rentrer, pour de bon, au Sénégal. Comme elle la dame Baldé, une photographe, qui a pignon sur la 116ème rue, est rentrée au pays après deux décennies d’attente vaine. Le chef religieux Moustapha Amar, le vieux Habib Dieng, leader très connu dans la communauté, leur ont emboîté le pas, après des décennies vécues aux Etats Unis. C’est, en fait, la nouvelle tendance ici aux Etats unis. Des immigrés, qui y ont vécu depuis plusieurs années, laissant femmes et enfants et ayant construit parfois des châteaux, sans jamais y mettre les pieds, ont simplement décidé de rentrer au bercail. Non sans avoir longtemps attendu une hypothétique régularisation. Le pays de l’Oncle Sam n’étant plus cet eldorado rêvé. Pire, la crise économique et financière a vivement secoué la superpuissance, au point que l’espoir s’en est allé. L’élection de Barack Obama à la tête de la superpuissance mondiale avait fait renaître l’espoir, surtout parce que la régularisation des douze millions d’illégaux faisait partie de ses priorités. Mais ce vent d’espoir commence à s’effriter. La réforme du système de santé tarde non seulement à se matérialiser, mais aussi elle vient de connaître un coup dur avec la victoire du Parti républicain à Massachusetts. Ce qui porte le nombre de sénateurs républicains à 41 sur 100. Or, le chiffre magique permettant aux démocrates de faire adopter leur projet est de 60. Ces derniers ont donc perdu le poste de sénateur détenu depuis 1972 par l’inamovible Ted Kennedy, décédé, l’année dernière. Lui qui a toujours été à l’avant-poste de la lutte pour la régularisation des émigrés et de la réforme du système sanitaire. Chez les Sénégalais d’Amérique, la prudence a pris le dessus sur l’optimisme béat. « Moi, je ne crois pas que ces Américains-là nous donnent des papiers », confie Ousmane Gaye, un cuisinier officiant dans un grand restaurant à Manhattan. Pour ce jeune Sénégalais quadragénaire, originaire de la région de Kaolack, vivant illégalement dans ce pays depuis huit ans, la bonne volonté des hommes politiques s’est toujours heurtée aux lobbies économiques, qui préfèrent exploiter les immigrés illégaux, à bon marché. Sous Gorges Bush en effet, le démocrate feu Ted Kennedy et le républicain John Maccain, avaient initié un projet de réforme de l’immigration, avant de se heurter aux deux chambres composées, en majorité de l’extrême droite républicaine. « Avec Bush, tout le monde y croyait, mais à l’arrivée, cet espoir a fondu comme beurre au soleil ; le Parlement l’ayant simplement rejeté », regrette notre compatriote. Une course qui dure depuis vingt ans Un vieux chauffeur de taxi originaire de Thiès, rencontré dans le Bronx, n’en dit pas moins : « je suis là depuis vingt ans. Quand je venais, mon fils, qui vit au Sénégal, était âgé de six mois ; il est à l’Université maintenant. Il ne me connaît qu’en photo ». Beaucoup de nos compatriotes vivent cette situation. Ainsi, soit ils sont obligés d’accepter des emplois avec des salaires misérables, soit alors de vendre à la sauvette dans les rues de New York. « Après deux ans, j’ai demandé a ma femme de rentrer chez elle, parce que je ne me voyais pas revenir au Sénégal sans papiers et vivre la misère », soutient Ibou. Anta Diop, teint clair, la trentaine révolue, croque la vie à belles dents, mais n’entend pas prendre le risque de rentrer au bercail, sans avoir obtenu le sésame. En bonne talibé mouride, elle invoque Dieu et ses marabouts pour que le projet tant attendu puisse être adopté. Issa Sao, la centaine, est un dignitaire mouride, arrivé aux Etats unis il y a vingt-deux ans. Aujourd’hui, il est sans papiers et invoque sa foi en Dieu pour résister au destin tragique de demeurer illégal dans ce pays, loin de ses épouses et de ses enfants. « Il faut reconnaître que les conditions de vie sont encore plus dures maintenant. Il faut faire preuve de foi pour y vivre, mais je suggère aux gens qui ont vécu ici aussi longtemps que nous, de rentrer tout bonnement. En tout cas, j’attends ce projet sans trop d’espoir, mais si je ne suis pas régularisé, je n’hésiterai pas à partir d’ici peu ». Sur un autre registre, Ngoumbou Gaye, 34 ans, titulaire du bac série C et d’un bachelor en informatique, est pris en otage depuis plusieurs années aux Etats Unis où il se résigne à soutenir son frère, Modou Gaye, propriétaire du store Sant Serigne Fallou, sise sur la 116 è rue à Harlem. Pour lui, cette fois-ci, rien ne s’opposera à la reforme de l’immigration. « Je pense que cette reforme sera adoptée parce que ce sont les républicains eux-mêmes qui avaient initié le projet sous Bush ; maintenant que ce sont les démocrates qui en sont les promoteurs, je crois que cela va passer comme lettre à la poste. » En réalité, les fermiers qui sont souvent des républicains ont plus intérêt à ce que le projet de reforme soit adopté, en ce sens qu’ils sont obligés de former, à chaque arrivée de vagues d’immigrants des travailleurs, qu’ils vont perdre, puisque s’ils rentrent, ils ne pourront pas revenir. Ndoumbé Bâ, la responsable de la Génération du concret, n’y croit pas outre mesure : « j’en doute vraiment, parce que chaque année, on espère décrocher le fameux sésame et puis après rien ». Mohamed Seck, ancien reporter du quotidien « le Soleil » est catégorique. Avec sa silhouette de sahélien et sa noirceur d’ébène, il soutient péremptoire : « les Américains ne vont pas donner les papiers ». Tout comme Ndoumbe Bâ, il croit que le racisme y est pour quelque chose : « vous avez entendu ce que Harry Reid a dit concernant Obama : s’il n’avait pas la peau claire et qu’il ne parlait pas comme les Blancs, il n’allait jamais être élu. Il est le président de la majorité démocrate au Sénat. Il n’est pas n’importe qui, c’est pour vous dire que l’arrivée d’Obama à la tête des Etats Unis n’a été qu’un coup de chance ». Et d’ajouter, sur un air de dépit : « d’ailleurs, je me prépare à rentrer, je suis là depuis sept ans. À chaque fois que j’appelle ma famille, mon enfant me demande de rentrer au bercail. C’est pourquoi, je suis en train d’économiser un peu d’argent, pour m’en aller ». Si Madame Bâ n’y songe pas, pour l’instant, elle constate tout de même que les gens commencent à en avoir ras-le-bol : « les gens plient bagages, je crois que les Etats Unis tiennent une occasion de prouver qu’ils sont meilleurs en tout, en régularisant leurs hôtes, au lieu de clamer urbi et orbi sans le prouver et en laissant des millions de gens crever ici illégalement ». Pour Dame Babou qui a vécu dans ce pays depuis plus de vingt ans, c’est plus compliqué que beaucoup le pensent. « Contrairement aux initiatives prises ou envisagées par l’administration Obama, la question de l’immigration ne fait l’unanimité ni chez les Républicains, ni au sein des Démocrates, argue-t-il. Et, il y a une réalité socio politique révélée par les élections du 4 novembre, c’est-à-dire le poids important du vote espagnol dans des Etats comme le Nevada, le Colorado, l’Arizona et plusieurs autres qui n’ont été gagnés par les Démocrates que rarement. Alors que visiblement le poids des Espagnols a pesé sur la balance en faveur d’Obama ». Il poursuit : « Contrairement à ce qui s’est passé en 2005, cette fois-ci, les Républicains sont très prudents. En réalité, ce ne sont que dans les Etats du Sud, tels que la Louisiane, Oklahoma, Mississipi, Arkansas, qui connaissent un faible taux d’immigrés et où l’opposition est radicale à tout projet de régularisation. Ce qui est paradoxal, moins on en compte dans un Etat, plus on est hostile à la régularisation des émigrés. En vérité, ceux qui sont le plus concernés par ces questions sont d’abord les Mexicains et les Latinos, qui constituent l’écrasante majorité des émigrés. Sur le plan des statistiques, les Africains sont insignifiants puisqu’ils sont tous venus avec un visa, contrairement aux Mexicains qui y entrent massivement par la frontière. Il y a autre chose à signaler que 8 sur 10 parlementaires, qui avaient battu compagne sur les thèmes xénophobes ou anti-immigrants, ont perdu et les plus radicaux étaient les premiers à perdre. Il s’agit de gens comme Tom Tancredo du Colorado et tant d’autres ». L’incertitude continue de planer. Amadou BA, correspondant permanent aux Etats Unis |
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