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CONTRIBUTION
Recension du livre d’Ousmane Camara
- M. Ousmane Camara, premier procureur de la république africain, vient de publier aux éditions Karthala ses mémoires, livre préfacé par le Doyen Amadou Aly Dieng, son ami d’enfance et compagnon de lutte en France. Ce livre, que j‘ai lu avec une passion et un plaisir non feints, est remarquable à tous points de vue : Il constitue un document précieux pour les historiens certes mais surtout pour les jeunes générations. En effet ces mémoires apportent un éclairage singulier à l’histoire politique du Sénégal de ces cinquante dernières années au moment où l’Afrique noire ex française fête le cinquantenaire de son indépendance. Procureur général lors du procès Mamadou Dia, Ousmane Camara livre des informations précieuses et inédites sur ce procès, cette crise politique majeure qui a si tragiquement hypothéqué la marche victorieuse du Sénégal vers l’émergence. En effet, sur la question controversée de la tentative du coup d’état, sa réponse est sans équivoque : Si Mamadou Dia et ses proches (Babacar Ba, Valdiodio Ndiaye) ont commis beaucoup d’irrégularités constitutionnelles avec une surprenante désinvolture au nom de la primauté (non écrite) du Parti sur l’Etat), ils n’ont jamais tenté un coup d’Etat. Aussi lors du procès le procureur général, non seulement n’a requis aucune peine, mais a demandé l’acquittement pur et simple de Valdiodio Ndiaye et surtout d’Ibrahima Sar sur qui ne pesait aucune charge sérieuse. Ancien militant du syndicalisme étudiant aussi bien au Sénégal qu’en France (il a fait partie de la direction de la FEANF) et des mouvements politiques d’émancipation politique et de lutte contre le colonialisme et pour les indépendances (il a fait partie du RDA et du PAI), le juge africain donne des indications précieuses sur ces années de braise. Enfin, homme politique qui a fini par intégrer l’UPS en ralliant le Pouvoir, malgré la « muette désapprobation » de son ami d’enfance et compagnon de lutte, Amadou Aly Dieng qui était plutôt de l’autre côté de la barricade, et y occuper de hautes fonctions (procureur, directeur de la sûreté, ministre, premier président de la Cour Suprême) le double natif de Diourbel et de Kaolack nous donne une vision plus précise des années Senghor et Diouf. Les Mémoires d’Ousmane Camara constituent un gisement inépuisable qui permettront, à coup sûr, de mieux affiner notre Mémoire collective, en ces périodes difficiles de confusion politico-idéologique difficilement lisibles et de grandes inquiétudes en ce qu’elles montrent qui si l’histoire semble parfois se répéter ce n’est jamais sous forme d’ipséité mais d ‘analogie ; elles permettront de mieux déchiffrer nos réalités actuelles à cause de leur brûlante actualité. On ne saurait épuiser dans une simple recension les facettes multiples de ce livre passionnant, agréable. Ce livre, par ailleurs foisonnant de multiples anecdotes parfois croustillants – autant de lucioles dans la nuit – de portraits inattendus de notre personnel politique civil et militaire dont nous découvrons des aspects inédits : Senghor, Dia, Abdoulaye Wade, Valdiodio, Babacar Ba, Boissier-Palun, Amadou Aly Dieng, Cheikh Hamidou Kane, Tamsir Ba, Jean Alfred Diallo, Amadou Fall, Iba Der Thiam, etc. Sans compter les figures attachantes de Ndiaye Sy sa protectrice et mère d’Iba Der, Ogo Kane Diallo et Ba Aly Ciré. Personnellement, j’ai fait une grande découverte, car il semble que nos révolutionnaires de naguère, même s’ils s’étripent en prochinois ou prosoviétiques sont d’abord et avant tout des nationalistes. En écrivant ses Mémoires, l’auteur n’avait certainement pas de prétentions littéraires mais force est de reconnaitre la qualité de la langue, parfaitement maitrisée, l’humour, l’auto-dérision par endroits et le style enlevé de l’écriture. Avant de lire ses Mémoires, mes sentiments pour l’auteur, nourris de préjugés – celui qui a trahi le marxisme – étaient mitigés et puis il y avait dans mon souvenir cet épisode, non relaté dans le livre. Étudiants de l’AESF et militants de la Feanf, nous avions d’abord occupé le Consulat dirigé par Doudou Sala Diop, pour occuper ensuite, le 4 novembre 1980, notre ambassade à Paris, Monsieur Cissé étant ambassadeur. La discussion entre Amadou Kane (actuel PDG de la Bicis) chargé des affaires sociales et Ousmane Camara, réveillé en pleine nuit, fut orageuse. Le ministre fut intransigeant. Nous fumes brutalement délogés à 2h du matin par les forces françaises de l’ordre. Mais il y a prescription, Doyen ! Par son parcours, qui recoupe par bien des aspects celui des gens de sa génération, Ousmane Camara a mérité de la Nation. Des personnalités de son envergure ont une dette envers nous et surtout les jeunes de maintenant qu’ils ne pourront apurer qu’en écrivant leur mémoire. Je songe, entre autres, à Cheikh Hamidou Kane, Amadou Mactar Mbow, Daniel Cabou, etc. Pr. Hamidou Dia (Ph.D) Ecrivain et philosophe
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